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 FÊTE EN SOLO (sidon)

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MessageSujet: FÊTE EN SOLO (sidon)   Sam 19 Aoû - 15:17



On ignorait tout du processus de sélection des invités pour les soirées ayant lieu dans la maison fantôme des bayous ; on recevait simplement un petit mémo sur lequel était inscrit en petites lettres cursives semblant se battre pour l’espace qu’on était cordialement invité à la fête du soir suivant, débutant toujours à vingt heures, la lettre finalement signée par l’hôtesse et la seule habitante de cette demeure perdue. Personne n’allait aux fêtes de la Coldfield pour fêter et c’était par curiosité que les pèlerins s’y présentaient, s’attroupant sur le portique pour pouvoir observer de leurs propres yeux l’apparition spectrale qu’est Daisy et vérifier si, oui ou non, tout ceci était une farce. Quelques rares individus entraient et interagissaient avec elle sur son propre domaine et quelques-uns, chose rarissime, décidaient de célébrer avec Daisy jusqu’aux petites heures de la nuit, ce qui avait comme effet de la rendre excessivement heureuse. Après tout, la vie dans les bayous en est une de solitude et elle organisait ces soirées pour décompresser et rencontrer de nouvelles personnes et une profonde tristesse s’emparait d’elle si personne ne répondait à son invitation et qu’elle se retrouvait seule, le bouchon toujours sur la bouteille de champagne, la musique réverbérant dans les pièces vides de la grande maison esseulée.

La pluie tambourinait sur le toit en ruine de la demeure et tombait dans des sceaux métalliques minutieusement placés aux endroits où l’eau s’infiltrait en plus grand nombre. La nuit était triste et personne n’avait encore cogné à la grande porte écume. Daisy fixait l’horloge depuis vingt heures et n’arrivait pas à la quitter des yeux. Elle portait une robe beige très droite et légère, aux manches bouffantes et aux décolletés atteignant presque son nombril. Une mince ceinture entourait sa taille et disparaissait sous le tissu de sa robe. Un collier de perles entourait sa nuque et elle ne pouvait s’empêcher de faire rouler les billes dans ses doigts, ne trouvant rien de plus pour se divertir. Un air d’un temps révolu provenait d’une pièce lointaine et rappelait à Daisy la solitude dans laquelle elle se trouvait ; pourquoi la fuyait-on autant ? Elle était gentille, souriante, généreuse et ne demandait rien en retour. Elle n’était pas un monstre, un démon ou une création de Satan, peu importe comment on pouvait la surnommer quand on la croisait dans les rues de La Nouvelle-Orléans. Elle ne comprenait pas qu’on pouvait penser des choses pareilles sur son compte. Qu’avait-elle fait pour mériter cela ? Elle avait une chance de vivre à nouveau, de s’amuser, de profiter une deuxième fois de la vie et l’on disait qu’elle était folle, une aberration de la nature. Tout ce qu’elle demandait c’était qu’on vienne à sa rencontre et qu’on s’amuse le temps d’une nuit.



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MessageSujet: Re: FÊTE EN SOLO (sidon)   Lun 21 Aoû - 5:02


On avait beau ne rien connaître, c'était tout de même merveilleux. La carte sentait les bons vieux bayous qu'on aimait, le parfum (un parfum de femme, léger, pas très puissant, mais assez pour que, dans les effluves des marais, une pointe de douceur apparaisse), et aussi, étrangement, la cannelle. La signature aussi, avait une certaine grâce, et, curieusement, les petites lettres cursives bousculées appelaient vraiment à être suivies. Cela avait séduit Sidon. La carte était arrivée, comme une fleur, dans la boîte au lettre, hier matin. Jamais elle n'avait reçu de courrier comme celui-là. Il y avait tous ces mystères qui laissaient place à une imagination encombrante mais obsessive. Sidon a pris ça pour un cadeau des dieux tombé du ciel. Alors, elle a pris son sac, à quinze heures précises, parce qu'elle voulait prendre son temps et arriver en avance. En chemin, elle aurait tout le temps d'imaginer la femme qui l'avait invitée (était-elle grande ? petite ? quel âge avait-elle ?). Tout le loisir de se prélasser dans une barque pour traverser deux trois marais en rêvassant de la soirée. Pour être belle, elle avait mis un tricot noir, avec une chemise blanche en dessous (elle avait lu dans une revue que c'était très glamour de superposer les couches de vêtements), un pantalon noir (elle n'allait pas mettre une jupe, bon dieu, s'il fallait danser !) et aussi, des résilles, ainsi que des petites chaussures noires. Elle avait recouvert le tout d'un impair beige et à son cou, brillait un collier de perles blanches. Elle s'était juste attaché les cheveux avec une pince. Elle tenait à faire bonne impression. Sa tenue lui permettait aussi de danser.

Quand, à dix huit heures trente, elle aperçut la maison, elle se dit qu'elle n'était pas prête. Pas assez belle. Ni parée, autant psychiquement que mentalement, à vrai dire, elle n'avait jamais vraiment mis les pieds dans ce genre d'endroit et craignait qu'on ne lui fasse une farce ou un mauvais coup bas. Elle descendit de la barque en pensant que de toute manière, elle était en avance, et que deuxièmement, elle avait le bénéfice de la surprise. Et ça ne la réconfortait pas, car plus elle avançait, plus elle avait envie de reculer. Néanmoins, la maison était accueillante, et les fenêtres, éclairées, donnaient un sentiment de chaleur, et succombant à l'appel du mystère, Sidon n'arriva pas à revenir en arrière. C'est à dix-neuf heures qu'elle s'arrêta (elle avait passé un quart d'heure dans la barque à réfléchir, et c'est le passeur qui lui avait dit de dégager, le quart d'heure restant consistait à avancer vers la maison). Elle replissa sa robe, se recoiffa rapidement, passa la carte sous le nez pour sentir les effluves et avança. De cette manière, elle pouvait presque toucher la porte. Elle entendait une musique derrière. Elle colla son oreille contre le bois de la porte, en priant pour que personne ne sorte, sinon, elle serait prise.
Et elle écouta. Longtemps. Une minute, ou peut-être une heure. Chaque bruit que proférait la maison. Chaque pas qui résonnait entre les murs. Chaque note de musique. Dehors, on entendait des croassements, mêlés de bruits de marais, un glougloutement, un poc, puis plus rien, silence, rien que la musique. Sidon frappa. Il était vingt heures une.
La porte s'ouvrit.
Sidon sourit.

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sarkozy
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FÊTE EN SOLO (sidon)

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